Ca s’tente ? C’était un matin brumeux lorsque je suis tombée sur… Satan. Du moins cherchait-il à se faire passer pour lui. L’homme s’approche de moi et m’assène tout à trac : – Bonjour Camille, pas trop fatiguée ? S’il y a une chose qu’il faut savoir sur moi, c’est que je suis quelqu’un(e) de très ouverte à la discussion, même avec les inconnus. J’aime arpenter la cité et provoquer le dialogue avec les quidams que je rencontre. Voyez-vous, je suis une sorte de Socrate moderne, une ferrailleuse de l’esprit, une sage-femme de la pensée… mais aussi une indécrottable rationaliste. Alors je doute. Partout. Tout le temps. Intriguée, je rétorque à cet individu, ma foi, très élégant bien que disgracieux de traits : – On se connaît ? – Tout le monde me connaît sans pour autant m’avoir toujours rencontré. Il avait prononcé ces paroles sur un ton énigmatique.Euh… type de dragueur de bas étage ou c’fin xénophile qui hante le quartier ? Je l’interroge : – Et vous êtes ? Ce disant, je passe en revue des visages dans mon esprit, cherchant une correspondance. – Certains m’appellent Lucifer, d’autres Belzébuth ou encore Méphistophélès. Et, à ce moment, ce que je comprends c’est : “Certains m’appellent Lucie Fer, d’autres Belle The Butt ou encore Mes fils Stophélès” Une deuxième chose qu’il faut savoir sur moi, c’est que mon esprit est en permanente ébullition, je fais des hypothèses sur tous les sens que les mots qui se présentent à moi peuvent avoir. Résultat : il m’arrive – souvent – de buguer. Par exemple, là, je me dis que c’est un homme qui se tient devant moi donc Lucie ou la Belle me semblent incohérents. Et il est seul donc je ne vois pas comment il peut être “les fils” d’un inconnu grec à lui tout seul. Devant mon air sans doute ahuri, il enchaîne, dépité : – Enfin, Satan, quoi, je suis Satan. – Tiens donc, réponds-je aussitôt persuadée d’être tombée sur un doux dingue qu’il ne faut pas contrarier. – Tu n’as l’air ni étonnée, ni apeurée. Contrairement à lui, pensé-je. – Diantre, c’est que, sans vous vexer, vous n’ avez pas l’air bien diabolique. Où sont vos cornes et vos sabots ? Et vous êtes bien pâle pour un démon. Et si j’osais, je vous dirais même que vous êtes un brin vilain. Or, ne parle-t-on pas de la beauté du Diable ? L’homme est pris d’un hoquet. Vexé, peut-être, je le vois rougir. Mais pas encore assez. – Relis Dante, mon amie, il écrit bien que le diable a trois visages. Et j’étais d’humeur à arborer celui-ci. Sinon… Il fouille dans son costume Trois-pièces et commence à en sortir un épais rouleau. – …je voulais te proposer… – Doucement, doucement. . Puis-je émettre une autre objection ? Il s’arrête dans son geste et grimace : – Je t’en prie. – Désolée, j’aime bien comprendre. Ça agace souvent les gens, mais on ne se refait pas que voulez-vous. Je ne peux m’empêcher de remarquer que vous êtes extrêmement bien habillé…. A ses mots, il se rengorge. – Et pourtant, vos chaussures ont une petite tache. Il suit des yeux le doigt accusateur que je pointe sur la trace de boue située sur son pied droit. Je continue – Et j’ai toujours entendu dire que le diable était dans les détails. Je souris, persuadée qu’il ne pourra pas contrer ce nouvel argument. – Non, mais je… J’ai été éclaboussé, il y a 2 minutes, là, par cet enfant qui a sauté dans la flaque. – A-ha… Ce qui m’amène à mon troisième argument. Il tient son rouleau serré dans sa main, et dit, d’un ton franchement désagréable cette fois : – Quoi encore ? – Nous sommes le 15 novembre, si je ne m’abuse…. – Oui, et ? – Si je regarde mon dictionnaire de champs sémantiques, Et là, je sors mon smartphone pour lui montrer que je ne suis pas un sophiste de basse extraction, je vois que le Diable est souvent associé à : premièrement, la chaleur – j’aurais donc compris votre apparition cet été, ce ne sont pas les jours de canicule qui ont manqué – mais là il fait un petit 5°, frisquet vous en conviendrez ; deuxièmement le désespoir, le malheur – j’aurais donc compris que vous soyez là le jour de la rentrée, mais là ce n’est même pas le retour des petites vacances ; et troisièmement, car il faut toujours un troisièmement pour une démonstration digne de ce nom, la mort – or Halloween et la Toussaint sont passés. Donc vous n’avez rien à faire là, donc vous ne pouvez pas être le Diable. CQFD. Je le regarde, goguenarde. Je suis bien curieuse de savoir quel atout il va me sortir de sa manche de costume. En lieu et place, c’est son manuscrit qu’il déroule enfin d’un geste sec : – Mais enfin, je te promets un cerveau toujours affûté, garantie sans Alzheimer ou autre maladie neuro-dégénérative ! Ça ne te plairait pas, ça : des raisonnements sans faille, la garantie de river le clou à tous tes adversaires. Tout ça en échange de ton âme… un jour. Dans longtemps, très longtemps… pour le repos de la mienne. -Tût tût tût, je vous arrête tout de suite… Vous essayez de me vendre une encyclopédie en fait ? Sachez pourtant que connaissance et raisonnement ne sont pas toujours liés et… – Mais je te dis que je suis le Diable. Si ce n’est pas le cas, que risques-tu à signer ce fichu papier ? Il me colle sous le nez. – Mouais, vous avez beau vous démenez comme un beau, vous n’êtes pas bien malin pour la personne que vous êtes censée être. Je ris intérieurement de ma blague. – Ce n’est pas parce que vous n’êtes pas le Diable que vous n’êtes pas un escroc prêt à me vendre un abonnement France Loisirs dont je n’arriverai jamais à me dépêtrer. Montrez voir votre truc. Je chausse mes lunettes pour lire les tout-petits caractères quand l’homme renroule son papier. Il le serre si fort que de la fumée lui sort des oreilles et qu’un petit tas de cendres s’échappe de ses mains. – Allez, je laisse tomber. Jésus, je te la laisse, celle-là .Bon courage ! Je le regarde s’éloigner. Satan… Et pourquoi pas un leprechaun chevauchant une licorne tant qu’on y est ? Camille Lacôte Peut-on douter de tout ? Quelle est la 1ère réaction de Camille quand elle croise Satan ? Que cherche-t-elle à faire durant tout le texte ? Et lui ? Faut-il chercher à prouver qu’on a raison ? Pourquoi ? Comment savoir si quelque chose existe ? Comment savoir si ce qu’on pense est vrai ? Quelque chose d’improbable est-il pour autant impossible ? Peut-on tout savoir ? Doit-on parfois se contenter de croire ? Peut-on douter de ce qu’on croit? Peut-on douter de ce qu’on sait ? Préférez-vous douter de tout ou ne jamais douter de rien ? Peut-on douter de tout ? D’autres récits philo
Une super Nana(r) Bozinsky venait de boucler une nouvelle enquête et s’apprêtait à rentrer chez elle prendre un repos bien mérité. En rangeant ses affaires, elle jeta un coup d’œil à l’assistant de la commissaire divisionnaire : serait-il prêt à soutenir tous les arguments qu’il mettait en avant dans sa petite chemise cintrée ? Il faudrait vraiment qu’elle s’en assure lors d’un dîner. Resto chic, quelques coupettes, ça ne devait pas être trop difficile de lui faire tourner la tête à celui- là. – Lieutenant? Ah, il était prêt à faire le premier pas ? Beau gosse et du caractère, ça promettait. – Oui, Julio? – Je suis désolé, vous devez sûrement être fatiguée après avoir mis la bande des mantes lazuli sous clé. Il la regardait avec ses grands yeux de faon effarouché, tout en mordillant suggestivement son stylo… Découvrez la suite et l’atelier philo qui va avec dans la boutique du Nouvel Aristote Philo-récit : Une super Nana(r) – Filles/Garçons, quelles différences ? D’autres récits philo
Mot dit soit qui mal en use Sa disparition du Sénat fut rendue publique le lendemain. Antoine Darnel fut dépêché sur l’affaire. Sorti premier de l’école des officiers, il avait intégré directement la PJ de Paris. – Mon petit Darnel, lui dit le commandant, j’ai tout de suite pensé à toi. Et, accompagnant son discours d’un geste de la main, il continua : – Un marchepied direct vers une carrière brillante. Comme tu le mérites. A moins… – A moins que quoi ? déglutit Antoine – que tu te plantes ! Et dans ce cas… Sa main tourbillonna vers le bas, comme un avion qui se crashe. Antoine pâlit. – Mais ça n’arrivera pas, je suis confiant. – Si vous le dites, chef, bredouilla le jeune homme. Le jeune lieutenant repensait encore aux mots de son supérieur en sortant du RER, mais dès qu’il aperçut les grilles du jardin du Luxembourg, son horizon s’éclaircit et les souvenirs affluèrent. C’était là qu’il avait passé les plus beaux moments de sa courte existence… avec Colette notamment. Il ne put s’empêcher de rougir en apercevant la fontaine Médicis. Se reprenant, il se dirigea d’un pas décidé vers le Sénat : il n’était pas là pour ressasser le passé, mais bien pour préparer son avenir. En pénétrant dans le palais de Marie de Médicis, les dorures lui firent tourner la tête. Ce n’était pas le moment de flancher. – Première fois sous les ors de la République? Il se retourna pour se retrouver face à une jeune femme solaire. Une apparition. – Antoine Darnel ? Je suis Fabienne Tamard, la collaboratrice du sénateur Darmon. Suivez-moi s’il vous plaît. Son ton ne souffrait pas de contradiction. Tant mieux, Antoine l’aurait suivie jusqu’au bout du monde. Ou la salle suivante, c’était bien aussi. Aux dorures s’ajoutaient ici des livres. Un nombre incalculable de livres. Et une coupole majestueuse. – C’est là, dit-elle, pointant du doigt la peinture de Delacroix. – Qu’est-ce qui est là ? demanda Antoine. – Enfin, ce n’est plus là, justement. – Euh ? répond-il, perdu – Savez-vous au moins pourquoi on vous a appelé, demanda Fabienne d’un ton sec, ne sachant pas si elle avait à faire à un Dupondt ou à un Dupin. Il repensait à la main virevoltante de son chef et tenta : – Pour une disparition ? Il fit traîner la fin du mot tout en regardant intensément la jeune femme pour lire dans son esprit. Elle parut troublée. – Oui, voilà. Vous voyez là, juste au-dessus? – Je vois un trou. De forme hexagonale. – Précisément. C’est là que se trouvait l’Éloquence, représentée par Delacroix sous les traits d’un homme, euh, disons d’âge mûr, haranguant la foule. – Alors, c’est plutôt l’OCBC que vous auriez dû contacter. Ce fut à Fabienne de lever un sourcil interrogateur. – Pardon, l’office en chef du bureau… Euh… le service qui s’occupe du vol des œuvres d’art, quoi. – Ah… d’accord. Non, non, ce n’est pas tant le vol du médaillon qui nous chagrine. Ce sont plutôt les conséquences que ce vol semble avoir eues. Suivez-moi. Antoine ne se fit pas prier, impatient de continuer la visite. Cette fois, il admira un petit salon, rempli d’hommes élégamment vêtus et – comment l’avait formulé Fabienne – d’âge mûr. – C’est celui qui dit qui y est. Et de toute façon, t’es qu’un nul. – Hé euh, toi-même d’abord ! Antoine lisait la détresse dans les yeux des deux hommes. Interloqué, il demanda : – C’est la visite d’un Ehpad ? – Non, les conséquences dont je vous parlais. – Je vous demande pardon? – Je vous présente le sénateur Darmon. Depuis le vol de l’Éloquence, ses collègues et lui-même ont, comment dire, du mal à trouver leurs mots… Et en viennent de plus en plus aux maux. Antoine regardait les 2 hommes qui commençaient à se pousser l’un l’autre, de plus en plus fort. Fabienne reprit : – On a gagné en temps de discours, c’est sûr, mais pas en crédibilité. Et voyez-vous, il y a une séance parlementaire très importante la semaine prochaine. Elle sera diffusée en direct devant un parterre de journalistes. Le peuple français ne peut pas voir ses sénateurs comme ça. Vous devez retrouver l’Éloquence. Elle lui prit les mains et plongea ses yeux verts dans les siens : – Il en va de l’honneur de la France. Perdu dans ces 2 grands lacs, Antoine peina à articuler : – C’est le seul médaillon qui a disparu ? – Oui, heureusement, il reste la Philosophie, la Poésie et la Théologie. – Poil au zizi ! ponctuèrent en chœur les sénateurs, éclatant d’un gros rire franc. *** Antoine quitta le palais du Luxembourg perplexe. Sa carrière, l’honneur de la France et la reconnaissance possiblement éternelle de Fabienne, c’était du très lourd. En attendant que la PTS ait fait son travail, il errait dans le jardin. Le grand air avait toujours eu un effet bénéfique sur son cerveau. Que signifiait PTS, déjà? Tous ces sigles, c’était ridicule à la fin. Y réfléchir était un bon échauffement neuronal. Syndrome post-traumatique ? Non, pas celui-là. Paris, Trésor de la Science ? Pas mal mais douteux. Peut-être tout simplement Police Technique et scientifique. Il allait pianoter sur son téléphone pour vérifier son intuition quand il percuta un vieux monsieur à la barbe – et aux sandales – antiques. Voyant chanceler le curieux personnage (même plus d’âge mûr, celui-là, quasiment blet), Antoine se confondit en excuses. L’homme lui répondit d’une voix sépulcrale : – Toujours sur vos satanés engins. Ça ne regarde plus autour de soi. Feriez mieux de revenir aux sources, jeune homme L’être humain, depuis la nuit des temps, cherche des réponses. Faites-vous une fleur, et prenez la liberté de chercher du côté de l’Empereur. – Moi-même je cherche des réponses. Mais je ne suis pas sûr d’avoir saisi votre sybilline échappée. – Étrange. Derrière votre élégant vocabulaire, vous n’avez pas l’air bien futé. Je vais vous laisser le bénéfice du doute cependant. Les réponses que vous cherchez, vous les trouverez auprès de figures MYTHIQUES du quartier… Devant le regard vide d’Antoine, l’homme s’agaça. – Et si j’ajoute Castor et Collège de France ? Vous avez fait des études, non ? – Oui, à deux pas d’ici, d’ailleurs, un Master de lettres à la Sorbonne… Antoine fit volte-face pour pointer du doigt l’illustre bâtiment, mais quand il se retourna, le vieillard avait disparu. – mais je ne vois pas le rappo… Et bien, où est-il passé ? C’est drôle, il ressemblait un peu au vieil homme du médaillon. Il continua à arpenter les allées du jardin, saluant Verlaine et Baudelaire, déclamant “L’amour est une rose, chaque pétale une illusion, chaque épine une réalité”. – Ca, c’est de l’éloquence ! Ah, ces sénateurs, ce n’est pas faute d’avoir des modèles devant eux… Il s’arrêta brusquement : figures mythiques, avait dit le vieillard. Et si les réponses se trouvaient dans les livres ? Fleur, liberté… Mais oui, Sartre ! Et à haute voix : – Antoine, je crois que c’est l’heure de ton infusion. *** Sorti par la rue de Tournon, il gagna rapidement le boulevard Saint-Germain et se retrouva à la terrasse du café de Flore. – Garçon, s’il vous plaît, où s’asseyait Sartre? – Dis donc l’ami, vous vous croyez tout seul ? Mettez-vous où il y a de la place. Pas le temps de débattre. Antoine lui colla sa carte de service sous le nez : – J’ai demandé où s’asseyait Sartre ? – Suivez-moi, lui répondit de mauvaise grâce le serveur. Il lui indiqua une place, à l’intérieur. Quand Antoine alla pour se glisser sur la banquette, il trébucha et se rattrapa au mur. Il heurta alors une photo en noir et blanc. Des feuilles volantes s’échappèrent de derrière le cadre. Curieux, le jeune homme s’en saisit : des notes préparatoires à Qu’est-ce que la littérature ! Sartre y disait que la parole engage toujours celui qui parle. Et séduire par les mots n’a de sens que si cela révèle la vérité et ouvre à la liberté. C’est vrai, rien de pire que ceux qui gâchaient leur talent à des fins malfaisantes. Séduire, oui, mais pas pour le sport ou le pouvoir. Comme dans ce livre, là. C’était quoi déjà ? Il regarda son infusion pour essayer d’y trouver une réponse. Mais le vert éclatant de la tasse ne cessait de le ramener aux yeux de Fabienne. Et à sa voix, douce comme le miel de sa boisson. Un mot d’elle et il la suivrait définitivement au bout du monde. Antoine soupira : un mot pouvait-il vraiment tout faire basculer ? Vous faire succomber ? Vous manipuler ? Mais si, ce livre, il l’avait lu en première année pour essayer de comprendre quelque chose à ses cours de linguistique… La septième fonction du langage, voilà ! Oui, avec le gars, là, qui se faisait renverser devant le Collège de France… Roland Barthes ! Le Collège de France, encore une allusion faite par le vieillard. Ça ne pouvait plus être une coïncidence. – Il n’y a pas que Sartre qui peut m’aider, Barthes aussi peut-être. Il héla le serveur : – Dites, Roland Barthes ne venait pas ici, par hasard? – Ah, non, pour Barthes, c’est le Bonaparte plutôt, juste au coin de la rue. – Ahah, mais oui, l’Empereur ! Sacré vieux bonhomme. Antoine sortit en courant en laissant un généreux pourboire. Une maigre avance sur la prime confortable qu’il allait sûrement toucher après résolution de l’enquête. Deux minutes après, il était au Bonaparte en train de fureter à la recherche d’un indice. – La langue est fasciste, voilà la vérité ! Parce que “le fascisme, ce n’est pas empêcher de dire, c’est obliger à dire”. Antoine se figea, frappé par la formule qui venait d’être prononcée par une étudiante. Son amie la regardait avec admiration. – Mais t’as trop raison. Tu viens de trouver ça ? – Ouais, enfin je l’ai peut-être lu. De sa poche dépassait Leçon dudit Roland Barthes. Elle continuait : – Le langage ne doit pas servir qu’à communiquer, tu vois, il doit servir à construire le rapport avec l’autre, à nous construire dans le monde. – Mais tellement… Antoine en avait assez entendu. Quand il allait présenter son hypothèse à Fabienne, il se garderait bien de lui dire que l’esprit de Sartre et de Barthes étaient venus la lui souffler. Peut-être que les sénateurs devaient tout simplement mieux user du langage. Ils devaient le bichonner, l’utiliser pour expliquer à leurs électeurs la vérité dans toute sa complexité. Justement parce qu’ils avaient le pouvoir des mots, ils ne devaient plus user de formules toutes faites à des fins électorales ou dans de vaines joutes verbales . Il était si excité qu’en remontant la rue de Rennes il percuta à nouveau le vieillard. – Encore vous! – Je pourrais vous retourner le compliment, lui dit l’homme. Je vois que vous êtes moins bête que vous en avez l’air. – Excusez-moi? Il continua son chemin. Antoine chercha à le rattraper mais se prit les pieds dans quelque chose. Par terre gisait un médaillon de forme hexagonale. Il avait retrouvé l’Éloquence ! Au dos était écrit “premier avertissement, faites passer le mot”. Il ramassa la peinture et fila en trombe jusqu’au Luxembourg. Il n’avait plus simplement une théorie à présenter à Fabienne, il avait retrouvé le médaillon ! Alors, oui, il allait devoir expliquer aux sénateurs comment il était en sa possession et surtout qu’ils devaient utiliser leur pouvoir à meilleur escient. Mais pour le moment, rien ne comptait d’autre que de plonger dans deux grands lacs verts. Fabienne contemplait l’Effort quand il passa les grilles du jardin. Comme si elle avait sentit sa présence, elle se détourna immédiatement de la statue et l’aperçut. Le temps s’arrêta. Ils se regardèrent longuement malgré la distance. Antoine finit par brandir l’Éloquence devant lui. Il lut d’abord la surprise dans son regard puis l’admiration. Ils se dirigèrent l’un vers l’autre, lentement, slalomant entre la foule. Ils ne voyaient personne d’autre qu’eux. Enfin, ils furent à portée de voix. Antoine s’apprêtait à se lancer dans de grandes explications quand elle lui fit signe de se taire. Elle l’embrassa. Parfois, les mots sont inutiles. Camille Lacôte Le thème philosophique à aborder : le langage Notez les réactions d’Antoine quand son chef lui parle Fabienne lui parle le vieil homme lui parle Sartre et Barthes lui parlent Diriez-vous que les mots ont un pouvoir ? Comment le maîtriser ? Et quand Fabienne ne lui parle pas, quelle est la réaction d’Antoine ? Peut-on tout dire avec des mots ? Et a contrario, peut-on parler pour ne rien dire ? Les mots peuvent-ils nous trahir ? Comment ? Peut-on dire ce qu’on pense si on n’a pas les mots pour le dire ? A quoi sert le langage ? D’autres récits philo
Le jour qu’on n’attendait pas Nina regarde son calendrier :07h42 → pluie08h52 → accident sur la route, détour (+4 min)12h37 (+7min) → fin de la réunion → plus d’endives au jambon à la cantine, à remplacer par hachis parmentier. Tous les événements sont prévus dans les moindres détails. Ceux de demain aussi. Ceux du mois suivant sont moins certains, mais le taux de fiabilité est quand même de 70% et sera affiné dans les prochains jours. Tout ça grâce à MARCEL, le Meilleur Artificiel Raisonnement Connu En Longtemps. En service depuis plus de 50 ans, il rend la vie plus facile à tous : on ne s’encombre plus inutilement d’un imper, par exemple. Nina sort de chez elle et ouvre son parapluie. Tiens, il ne pleut pas. Elle a dû mal lire. En voiture, elle s’apprête à prendre le détour prévu mais aucun accident n’est signalé. Elle croise alors le regard apeuré d’un conducteur. Le midi, à la cantine, elle entend des cris : – Comment ça il reste des endives au jambon ?! Ce n’est pas possible ! La rumeur gronde. Nina attrape des bribes de conversation :– Vous aussi, MARCEL vous a menti ? – Menti, je ne sais pas. Une erreur, peut-être. – Déjà ce matin, il ne pleuvait pas quand… Soudain, tous les smartphones vibrent. Chacun s’interrompt pour lire un message identique : ALERTE Ce matin, un imprévu s’est produit : un citoyen n’a pas trouvé immédiatement sa 2e chaussette et a donc sorti son chien avec 1’32 de retard, entraînant des réactions en chaîne. MARCEL a dû recalculer en urgence les événements de votre journée. Les agendas seront remis à jour dans deux heures. Silence de mort dans la salle, bientôt suivi de sanglots et de cris étouffés : – Que va-t-on faire ? – Tout peut arriver dans les prochaines minutes… – Plus de hachis ? Catastrophe ! Pour quelle conséquence ? La panique gagne. MARCEL n’avait jamais commis d’erreur. Nina regarde ses collègues, paralysés par l’indécision. Elle est la première à se remettre en mouvement. Lentement, elle fait le tour des stands de la cantine, sourire aux lèvres. Elle opte pour une pizza. Électrisée par cette première décision, elle choisit du cake au lieu du yaourt prévu. Suivant son exemple, ses collègues remplissent leur plateau, les rires succèdent bientôt aux sanglots. A table, les discussions vont bon train. – Des années que je n’avais pas fait un choix. Ça fait quand même un peu peur.– Oui, mais délicieusement peur, non ? Deux heures après, nouvelle vibration unanime : ALERTE Vos agendas ont été mis à jour. MARCEL vous prie de l’excuser pour la gêne occasionnée. La journée se termine sans surprise, suivant scrupuleusement les prédictions de MARCEL. Sur l’agenda de Nina, une nouvelle réunion a été ajoutée le lendemain : Comité Surprise Pour commémorer cette journée, mettre en place tous les ans le jour de la surprise où MARCEL taira ses prévisions 2h durant. – Super idée. Merci MARCEL d’avoir planifié ça. Enfin, je crois. Dans le bureau, deux collègues échangent un regard. Sans un mot, ils suppriment la réunion.Après tout… c’est leur choix, non ? Camille Lacôte Le thème philosophique à aborder : la surprise Qu’est-ce que MARCEL ? A quoi sert-il ? Depuis la mise en service de MARCEL, il n’y a plus de surprises possibles. C’est quoi une surprise ? Donne une définition. Une surprise, est-ce toujours une bonne chose ? Donne un exemple de bonne surprise, un exemple de mauvaise surprise. Quelle(s) émotion(s) nous inspire-t-elle ? Préfère-t-on savoir ou être surpris ? Peut-on se préparer à une surprise ? Une vie sans surprise est-elle possible ? Souhaitable ? On pourra également traiter le thème du choix et de la place de la technologie dans nos vies. D’autres récits philo
Cette année-là Je suis seule. Autour de moi, le noir absolu. Des spots découpent un rond de lumière au centre duquel je me tiens. Soudain, une voix. – Mademoiselle, c’est à vous. Qu’allez vous nous interpréter ? Je suis sur une scène, micro en main. Mon ventre est tendu par la peur. Un gigantesque sablier apparaît : la durée de ma prestation, j’imagine. A peine ai-je commencé à chanter que le sablier se vide, si rapidement que je n’ai pas le temps de sortir une note. J’entends des rires et des huées, mon ventre n’est plus que douleur, la lumière des spots s’intensifient. Et je me réveille… au bureau. Un trombone est incrusté dans ma joue. J’essaie de raviver ma mémoire en regardant aux alentours quand mes douleurs de ventre se rappellent à moi. Je m’empare de la poubelle à mes pieds et je vomis. Me voilà libérée d’un poids, les souvenirs commencent à refaire surface : La fête au bureau pour le réveillon du jour de l’an. Un peu trop arrosée. Qu’est-ce qu’on a rigolé. Le karaoké. Timeo. Je ne m’en suis pas si mal sortie !Je suis interrompue dans mes efforts par le bruit d’une notification sur mon téléphone. Où est ce fichu appareil? J’espère pas dans la poubelle. A cette idée, je retiens un nouveau haut-le-cœur. Ah, le voilà, sous la pile du dossier Boltansky. Je me trompe ou il est bien plus épais qu’hier ? Une nouvelle notification interrompt mes réflexions. Etonnant pour un 1er janvier. Sur l’écran d’accueil s’affiche alors des dizaines de messages : Sydra pourriez-vous me rappeler ?Sydra, rappelez-moi dès que vous aurez ce messageSydra – Urgent – rappelez moi tout de suite. Par tous les Dieux, vous allez rappeler oui ! Le cerveau encore embrumé, je m’apprête à rappeler puisque c’est ce qui m‘est instamment demandé. Que peut-il y avoir comme urgence un 1er janvier à 12h ? Un appel entrant me coupe l’herbe sous le pied. La tête peu amène de mon chef s’affiche sur l’écran. Après une hésitation, je décroche.– Pas trop tôt. Qu’est-ce qui s’est passé dans les locaux ? Un tremblement de terre ? J’essaie de cadrer mon visage plus serré pour qu’il ne voit pas les corps de mes collègues endormis à même le sol. – Une petite fête improvisée pour célébrer le passage à la nouvelle année… D’ailleurs, meilleurs vœux pour 2026, chef !– Arrosée comment la fête ? Vous n’êtes pas au courant ? Mon silence traduit mon ignorance. Mon chef enchaîne : – On n’est pas en 2026, mais en 2062. Grâce à un petit plaisantin de votre équipe, j’imagine. J’essaie de comprendre ce que j’entends. – Vous dirigez bien le Bureau du temps Sydra ? C’est votre équipe qui est en charge du changement d’an, non ? Sans lâcher mon téléphone, je me dirige au fond du bureau. J’enjambe mes collègues qui n’ont pas fini leur nuit – et quelle nuit- et j’ouvre le placard qui abrite la grosse horloge du Temps : horreur, elle indique bien 2062. D’un coup, tout me revient : à 23h59 et 48 secondes, mon adjoint Horace commence à égrener les 12 coups de minuit. Je suis en train de finir mon duo avec Timeo, Time of my life. Il me soulève au-dessus de sa tête, mes yeux plongent longuement dans les siens. Ils sont comme aimantés. Le Temps s’arrête jusqu’à ce que Horace me hurle dans les oreilles – Diiiiiiix, Sydra, ça va être à toi. Soudain, je réalise l’urgence de la situation : je lâche le regard de Timeo et lui demande de me projeter au fond du bureau. J’atterris avec une pirouette devant l’horloge digitale sous les acclamations de mes collègues. Pressée par le temps, j’organise les petits bâtonnets pour composer la nouvelle année. Mais l’alcool, l’amour… et ma dyslexie n’ont pas dû aider et j’ai dû me mélanger les allumettes. est devenu Un tout petit bâton mal placé et c’est 36 années qui partent en fumée. Est-ce que ça consolerait Boltansky de savoir que j’ai fini la nuit dans les bras de Timeo ? Et plus important, est-ce que ça me disculperait auprès de mon chef ? – Ce dont je me souviens, monsieur, c’est qu’au 12e coup de minuit, alors que j’allais placer le dernier bâtonnet pour former 2026, le vent s’est levé soudainement et a déplacé in extremis le dernier bâtonnet. Je l’ai remis tout de suite, mais c’était sans doute trop tard. Il faudrait voir avec le bureau du Temps, Monsieur, celui qu’il fait, pas celui qui passe. Je crois que Zéphyr était de service hier. – Ah, ça ne m’étonnerait pas de ce petit arriviste. Il devait préférer faire la fête qu’être concentré sur sa tâche. Il est très doué pour fricoter avec la hiérarchie, mais quand il s’agit de travailler, il n’y a plus personne. Merci Sydra, je prends la suite. Est-ce que vous pouvez rerégler l’horloge sur 2026 ? – Je crains malheureusement qu’il n’y ait plus rien à faire Monsieur. Soupir à l’autre bout du fil. – Tant pis. Ce n’est pas pour ce que font les Humains du temps qu’on leur donne de toutes façons. Une petite ère glaciaire va arranger tout ça. Et ça va me permettre d’enterrer Zéphyr.Il rit. – Finalement, cette année 2062 commence sous les meilleurs auspices. Beau travail, Sydra, allez-vous reposer. Je raccroche et retourne me glisser auprès de Timeo. Et voilà, les enfants, comment j’ai rencontré votre père. Camille Lacôte Questions philosophiques à aborder Le Temps existe-t-il ? Y a-t-il de bonnes raisons de mentir ? Peut-on rattraper le temps perdu ? D’autres récits philo
La surprise Passage ? Chut, le voilà. Ça va, chaton ? On va bientôt manger, tu peux mettre la table. Théodore s’exécute mais il se questionne. De quoi pouvaient bien être en train de discuter ses parents ? Pourquoi se sont-ils tus au moment où il arrivait ? Ils avaient un air coupable en plus. Passage… Ils ne peuvent pas déjà penser à son passage en 4e, nous ne sommes qu’en janvier. Et puis bon, il n’est peut-être pas premier de la classe, mais ses notes ne sont pas si mauvaises. Enfin, pas catastrophiques, quoi. Non, non, ça doit être autre chose. Il y a bien son anniversaire à la fin du mois : il aura 13 ans. C’est un cap tout de même. Dans certaines cultures, on devient même un homme à cet âge-là. Il a vu une vidéo Youtube sur le sujet l’autre jour. Mais saperlipopette [ok, il faut qu’il arrête de lire Tintin…] ! Bon sang, mais c’est bien sûr [… et de regarder les 5 dernières minutes aussi] : les parents sont en train de me préparer une méga-surprise pour mon anniversaire, pour mon PASSAGE à l’âge adulte. Il faut que je sois sûr. Pour me préparer à jouer la surprise.” Les jours suivants, Théodore enquête. Il est à l’affût du moindre indice, de la plus petite allusion. Et ils pleuvent ! Comme ce jour où son père est en Facetime avec son oncle : il passe devant la caméra pour le saluer rapidement. Salut tonton, ça va ? On se voit bientôt peut-être ! Oh j’aimerais bien mon Théodore, mais je suis en mission en Nouvelle-Zélande pour 1 mois encore. D’ailleurs, tu veux que je te ramène quelque chose de là-bas ? Je te fais confiance. Surprends moi… Il clôt la conversation par un clin d’œil appuyé et quitte la pièce. Il y a aussi la fois où, rangeant sa chambre – il s’agit de faire de la place au cas où son cousin resterait dormir après la soirée – il remet la main sur un paquet de ballons gonflables. Il le donne à sa mère. Tiens, m’man, j’ai trouvé ça, il en reste pas mal, ça peut peut-être servir bientôt. Nouveau clin d’œil appuyé. Tu as un truc à l’œil ? Merci, mais qu’est-ce que tu veux que je fasse de ça ? Range le dans le placard s’il-te-plaît C’est quoi ? Agathe, sa grande sœur, vient de faire irruption dans la pièce. Oh, des ballons, génial ! Je les prends, Méline fait une soirée pour son anniv bientôt. Nan, Agathe, mieux vaut les remiser dans le placard, maman peut en avoir besoin bientôt. Non, je t’assure Théodore, ça m’encombre plus qu’autre chose. Agathe, tu peux les avoir. Merci, m’man, je vais les “remiser” dans ma chambre alors. Nan, mais j’te jure. Hé, c’est 13 ans que tu vas avoir, pas 80. Elle quitte la pièce dans un grand éclat de rire .Ils sont très forts pense Théodore en regagnant sa chambre. A les voir, on pourrait croire qu’ils ne préparent rien. Mais j’ai vu clair dans leur jeu [Peut-être pas 80, mais au moins 50 ans…] Au dîner, il monopolise la conversation en lançant plusieurs idées de cadeaux, tous plus chers les uns que les autres. Mais c’est hors de prix Théodore, remarque son père. Ouais, Totor [c’est le surnom que lui donne sa sœur. Plutôt 4 ans que 50 finalement], tu crois quoi ? Moi, pour mes 13 ans, j’ai eu une paire de chaussures et un livre. ok, ok, je lance des idées. Au cas où des gens voudraient se grouper, dit-il avec un petit sourire. Le samedi soir suivant, alors qu’il est dans sa chambre, ses parents l’appellent du salon. Théodore, tu peux descendre ? Oui, j’arrive tout de suite. C’est le moment, pense-t-il. Ils ont une semaine d’avance mais c’était sans doute la seule date qu’ils ont pu trouver pour réunir toute la famille. Et puis comme ça, ils sont sûrs que je ne me doute de rien. Mouhahahahahah.Il enfile rapidement une chemise, passe son jean et hésite à mettre sa cravate, réservée aux mariages. Il la met. Après tout, on n’a 13 ans qu’une fois. Et puis, il se doit d’être présentable pour les photos. Il descend lentement l’escalier, tel un roi allant à la rencontre de son peuple, un tranquille sourire sur le visage. Il guette les banderoles et le lâcher de ballons [il regarde aussi beaucoup trop de séries américaines]. Mais rien. Seulement ses deux parents au milieu de la pièce. Faut qu’on te parle. Théodore continue à inspecter tous les recoins mais les invités sont bien cachés. Décidément, ils veulent faire durer la surprise. Mais qu’est-ce que tu fais dans cette tenue, lui demande sa mère. Tu es beau, dis donc. Elle le regarde tristement, en lui caressant les cheveux. Bon, c’est pas le sujet. Théodore, ça ne va pas du tout. Théodore continue de sourire. Il attend le “Surpriiiiiiiiiise” qui ne va pas manquer de retentir d’un instant à l’autre et qui donnera le top départ de la soirée. Oui, tes professeurs nous ont écrit, enchaîne son père. Visiblement, ton comportement laisse vraiment à désirer. Tu n’écoutes pas en classe, tu fais tes devoirs une fois sur deux. il faut que tu te reprennes. Voilà. Ça fait des jours qu’on discute avec ton père pour trouver une punition appropriée. Qu’est-ce qui te permettrait de te remettre les idées en place ? Tu ne peux pas être pas sage comme ça au collège. Pas sage. Théodore comprend soudain et son sourire disparaît. Ta mère a raison. Ce n’est plus possible, tu vas avoir 13 ans. Il faut commencer à prendre tes responsabilités. Tu sais que dans certaines cultures, on est déjà un homme à cet âge ? Camille Lacôte Les thèmes philosophiques à aborder Grandir Quel âge va avoir Théodore ? Qu’est-ce que ça va changer pour lui ? Fais des hypothèses. Peut-on grandir sans s’en rendre compte ? Grandir, est-ce changer ? Est-ce que grandir, c’est devenir plus raisonnable ? Est-ce qu’on a toujours envie de grandir ? Peut-on grandir sans le vouloir ? Qu’est-ce qu’être un enfant ? Qu’est-ce qu’être un adulte ? La surprise A quoi s’attendait Théodore ? Qu’est-ce qui lui a fait penser ça ? Est-ce que toi, cette surprise t’aurait plu ? Que s’est-il passé en fait ? Était-ce une surprise pour lui ? C’est quoi une surprise ? Donne une définition. Une surprise, est-ce toujours une bonne chose ? Préfère-t-on savoir ou être surpris ? Quels sont les indices qui auraient pu le mettre sur la bonne voie ? Peut-on se préparer à une surprise ? Est-ce que les mauvaises surprises nous apprennent quelque chose ? Croire et Savoir Dans l’histoire, à quel moment Théodore croit devine interprète sait comprend Quelle est la différence entre croire et savoir ? Peut-on être sûr de ce qu’on croit ? Comment ? Est-ce que ce qu’on croit peut nous empêcher de voir la vérité ? Vaut-il mieux croire ou savoir ? Pourquoi se trompe-t-on parfois, même avec de bonnes intentions ? Est-ce qu’on voit vraiment ce qu’il y a, ou ce qu’on veut voir ? Est-ce qu’on préfère vivre dans une belle illusion ou dans une vérité décevante ? D’autres récits philo
Le mythe de Narcisse L’histoire que je vais vous raconter se passe il y a bien longtemps, dans la Grèce antique, au temps des Dieux. Vous savez, Zeus, Athéna et tous leurs copains. C’est l’histoire de Narcisse, un beau jeune homme. Mais vraiment très très beau. Tellement que quand il marche dans la rue, tout le monde se retourne pour le regarder. Un jour, il part de chez lui pour aller rejoindre ses amis. Tu ne rentres pas trop tard, mon grand, lui dit sa mère en l’embrassant sur le front. T’inquiètes, m’man chérie, les copains et moi, on va juste se promener dans la forêt, je serai rentré pour le dîner. Et puis Calinox vient avec moi. Hein mon chien, t’es un bon chien toi. Viens là, dans mes bras. Sur le chemin, Narcisse croise Echo. Elle est belle, gentille, et dès qu’elle le voit, elle tombe amoureuse. Rouge comme une tomate, elle essaie de parler : Sa-sa-salut, je mamamamapelle Echo. C’est quoi ton front, euh, ton gnon, enfin ton nom … Découvrez la suite et l’atelier philo qui va avec dans la boutique du Nouvel Aristote Philo – récit : Le mythe de Narcisse – C’est quoi l’amour ? Camille Lacôte D’autres récits philo
Jules a du ressort Driiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiing ! Jules range ses stylos dans sa trousse et se précipite dehors. Attention, Jules, tes lacets sont défaits, tu veux que je t’aide à les faire ? Mais Jules ne veut pas. La maîtresse va encore vouloir lui montrer, ça va prendre mille ans. Il les noue rapidement. Ça n’a pas l’air de bien tenir mais le nœud est stylé et pas question de louper une précieuse minute de récré. Et puis, il est bien trop content d’aller montrer à ses copains ce qu’il a réussi à faire. Il s’élance en courant, le lacet de la chaussure gauche se défait dans l’escalier. Et c’est le vol plané. Quelques secondes de silence. Les gens autour de lui se figent, choqués par la violence de l’impact, et d’un coup : ouinnnnnnnnnnnnnnnn Jules est en larmes, il se tient le genou et regarde son lacet défait qui s’agite comme un serpent au bout de sa chaussure. Il ne sait pas trop si c’est la douleur ou la honte qui le fait pleurer… Découvrez la suite et l’atelier philo qui va avec dans la boutique du Nouvel Aristote Philo-récit : Jules a du ressort – Est-ce que c’est grave de se tromper ? Camille Lacôte D’autres récits philo
L’odyssée de Poupe Aujourd’hui, Poupe le poulpe est très heureux… comme à chaque fois que son humain affiche un grand sourire. Il faut dire que c’est le jour où ils vont au parc d’attractions. Ça fait des semaines que Nicolas lui en parle. Poupe ne sait pas trop ce que c’est un parc d’attractions, mais Nicolas lui a dit que c’était un endroit magique, où on ne faisait rien qu’à s’amuser. On peut lui faire confiance, on rigole toujours beaucoup avec Nicolas. Heureusement, parce que Poupe a un peu peur d’aller dans des endroits qu’il ne connaît pas. Nicolas aussi, croit-il, parce que c’est dans ces moments-là qu’il le serre fort dans ses bras. Poupe est tellement bien dans les bras de son humain, il sent si bon. Les voilà arrivés au parc, Nicolas n’avait pas menti : il y a des enfants qui rient et qui courent partout, une délicieuse odeur de bonbon qui flotte dans l’air et surtout le sourire de Nicolas qui met Poupe en joie. Le petit garçon saute d’un manège à l’autre, il ne sait pas par lequel commencer, il y en a tellement. Il en enchaîne un, puis deux, puis trois. Bercé par les tours sans fin et le rire de son humain, Poupe s’endort. Il est réveillé par un souffle froid. Il cherche à se caler dans les bras de son ami pour se réchauffer. Mais Nicolas n’est plus là. Poupe gît par terre, sur le sol humide. La nuit tombe, il ne reconnaît rien. Il commence à avoir très peur : il ne sait pas où il est. Soudain, une gigantesque main apparaît, elle le soulève du sol et le jette dans un grand sac. Après quelques minutes dans un noir complet, le sac s’ouvre et la main le lance dans une grande malle remplie de vêtements et de doudous. Tiens, un nouveau, dit d’une grosse voix un vieux doudou à un seul œil. Oh oui, c’est une drôle de boule… mais c’est quoi ces piques autour… Je sais, c’est un virus ! Mais si, vous savez, ceux qui donnent les maladies, dit un lapin tout défraîchi à qui il manque une oreille Je ne suis pas un virus, s’énerve Poupe. Je suis un poulpe. Alors oui, il me manque des tentacules. Ils sont à la maison, ils sont juste décousus. Une fois, j’en ai perdu un dans la machine à laver, c’est la maman de Nicolas qui avait voulu m’y mettre. Et une autre fois, c’est cette peste de Camille qui avait essayé de m’arracher des bras de Nicolas. C’est qui, ce Nicolas dont tu n’arrêtes pas de parler, c’est ton humain ? demande le lapin. Oui, c’est mon meilleur ami, répond Poupe avec des larmes dans la voix. Il faut que je le retrouve, il va s’inquiéter, et je ne serai pas là pour le rassurer. Tu crois vraiment pouvoir sortir d’ici, interroge le lapin. Regarde comme les murs sont hauts. Mais ton humain viendra peut-être te chercher, c’est déjà arrivé… une fois. C’était un beau nounours tout neuf, vous vous rappelez, toute la famille était venue. Oui, mais il était entier, grogne le vieux doudou à un seul œil. Tu as vu dans quel état il est, lui, il est tout déchiré, comme nous. Puis s’adressant à Poupe, “si tu veux mon avis, ton humain s’est débarrassé de toi.” Général Doudou a peut-être raison, tu sais, reprend le lapin. Ici, il y a un tas de magasins, et j’ai vu beaucoup de parents d’humains en ressortir avec de nouveaux doudous, tout neufs, tout doux. Ils les offraient à leurs petits qui sautaient de joie. Et les parents en profitaient pour jeter le vieux doudou. C’est exactement ce qui m’est arrivé, dit une voix triste qui vient du fond du coffre, celle d’ un petit éléphant à la trompe décousue. Mais non, Nicolas ne me ferait jamais ça, on est ensemble depuis si longtemps Et bien voilà, dit Général Doudou. Ses parents doivent le trouver trop grand pour se promener avec un vieux morceau de tissu délavé.. Poupe ne veut plus rien entendre, il creuse avec ses tentacules pour s’enfoncer dans la malle. Il a mal au ventre tout à coup : et s’ils avaient raison, si Nicolas ne voulait plus de lui ? Une petite larme se met à couler sur sa joue et son cœur se serre très fort. Il doit trouver un moyen de s’enfuir. Que va faire son humain sans lui : quand il aura peur… et pour s’endormir… Et lui, que va-t-il devenir sans son meilleur ami ? Je dois retrouver Nicolas, il a besoin de moi ! Ce n’est pas le moment de pleurer ! Il nage au milieu des vêtements pour revenir à la surface et regarde les murs qui l’entourent. Le lapin a raison, c’est vraiment haut. Il essaie une première fois de monter mais retombe bien vite à cause de ses bras manquants. Il recommence aussitôt : il s’accroche comme il peut, ça tire sur ses coutures, mais il tient bon… jusqu’à retomber une fois encore… et encore. Il refuse d’abandonner. Général Doudou est impressionné par ce poulpe têtu, il décide de l’aider. Il se met à crier des ordres à tous les doudous du coffre. Le poulpe a raison, on ne laisse jamais tomber un enfant, c’est écrit dans le code d’honneur des Doudous. Et ce n’est pas un ou deux bras en moins qui vont, euh.., se mettre en travers de notre chemin. Messieurs-Dames, en ordre de bataille ! Poupe, nous allons t’aider. Il s’empare d’un doudou long et plat, l’accroche à la manche d’un pull et le lance vers le haut du mur. Hourrah, il réussit à s’agripper, Poupe n’a plus qu’à remonter le long de la manche. Arrivé tout là-haut, il agite ses tentacules pour dire au revoir à ses nouveaux amis, et sans réfléchir, malgré la hauteur, il se lance dans le vide. Il n’a qu’une idée en tête, rejoindre Nicolas. Il gonfle son corps qui se transforme en parachute et replie ses tentacules sous lui en ressort pour amortir la chute. Il se précipite à la porte et se retrouve dehors. Où doit-il aller maintenant ? Le parc est si grand, il y a tellement d’humains… et de bruit. Il respire un grand coup et se concentre. Il entend au loin une musique, c’est celle du dernier manège qu’il a fait avec Nicolas, il décide de se laisser guider. Ça y est, le manège est en vue ! Il entend alors une voix familière derrière lui, c’est la maman de Nicolas ! Qu’est-ce que tu fais là, toi, je pensais qu’on ne te reverrait plus. Elle le ramasse rapidement. Poupe se fige, il repense à ce que lui ont dit les autres doudous : et si les parents de son humain ne voulaient plus de lui ? Il regarde aux alentours, ne voit pas Nicolas mais une poubelle vers laquelle la maman se dirige. Poupe s’apprête à s’enfuir quand elle crie : Nicolas, je l’ai retrouvé ! Le petit garçon court vers elle et arrache le poulpe des bras de sa mère. Il le serre fort. Mon Poupe, j’ai eu tellement peur ! Le petit poulpe enroule ses tentacules autour des bras de Nicolas et respire profondément. Cette odeur lui a tellement manqué. Regarde maman, dis le petit garçon, je vais me servir de ses tentacules pour l’attacher solidement à moi. Je ne veux plus jamais le perdre, comment je ferais sans lui ? Le coeur de Poupe explose de bonheur, et il murmure en regardant son humain tendrement : Et moi, sans toi ? Camille Lacôte Thèmes philosophiques à aborder C’est quoi un ami ? Grandir C’est quoi le courage ? D’autres récits philo
L’été de ses 16 ans Garance a la boule au ventre : elle a quelque chose d’important à dire à ses parents, et ça fait plusieurs jours que ça traîne. Ce soir, elle ose. Elle profite du dîner : toute la famille est réunie et ça n’arrive plus si souvent. Elle attend que son petit frère ait fini de raconter sa journée. Enfin, un trou dans la conversation, elle se lance. – Papa, maman, j’ai un truc à vous demander. Cet été, on voudrait partir avec les copains. On a repéré une maison qu’on pourrait louer à… Son père arrête de mastiquer et la fixe d’un regard noir : – Ma petite fille, je t’arrête tout de suite. Tu crois vraiment qu’à 16 ans ta mère et moi, on va te laisser partir en vacances toute seule ? – Mais je ne serai pas toute seule, on sera 8 ! Et il y a Axel qui va avoir bientôt 18 ans. – 8 ! Mais personne ne vous louera jamais une maison… Le ton monte entre le père et son adolescente… Découvrez la suite et l’atelier philo qui va avec dans la boutique du Nouvel Aristote Philo – récit : L’été de ses 16 ans – grandir Camille Lacôte D’autres récits philo