Comment l’esprit critique vient aux enfants (et surtout pourquoi c’est important) ? 

L’enfant et l’adolescent sont confrontés chaque jour à de nombreuses sources d’information : les parents, les profs, les camarades, les réseaux sociaux et internet. Pas toujours facile de prendre du recul, de se forger sa propre opinion. Et c’est pourtant très important, voire vital pour se construire et se développer. 

Il y a pourtant une arme simple, puissante, à offrir à ses enfants dès le plus jeune âge : l’esprit critique. C’est en le développant qu’il pourra débattre, échanger avec son entourage et bien grandir.

L’esprit critique, la plus belle arme d’auto-défense intellectuelle

L’esprit critique, c’est quoi ? On pourrait dire que c’est savoir faire preuve de discernement dans ce qu’on entend (des parents, des amis, des infos) mais aussi dans ce qu’on croit (d’où me vient cette croyance, qu’est-ce que ça m’apporte d’y croire, et qu’est-ce que ça implique dans mes actes et mes pensées). 

Il ne s’agit pas de tout remettre systématiquement en cause, mais de comprendre pourquoi on pense ce qu’on pense, on sait ce qu’on sait, et on croit ce qu’on croit. Comprendre les origines et les implications. 

Comment développer l’esprit critique chez votre enfant ? 

D’abord en apprenant à questionner et à se questionner : pourquoi dit-il ça ? Comment le sait-il ? Quelles sont ses sources ? Pourquoi je crois ça ? 
A mettre en œuvre au dîner, lors des discussions familiales, lorsque votre petit vous assène une vérité. “Martin m’a dit que…” “Ah oui, et tu le crois ? Pourquoi tu penses qu’il a dit ça ? D’où le tient-il? …”

Puis en se confrontant à d’autres opinions que les siennes. A bas les algorithmes des réseaux sociaux qui ne nous servent plus que ce que l’on sait déjà ou ce dont on est convaincu. Comprendre pourquoi l’autre pense différemment, entendre ses arguments ne peut que nous nourrir.

Enfin, en apprenant à argumenter. Conscientiser, verbaliser les raisons qui nous font penser que. Et ça marche aussi pour les parents: ne vous contentez pas toujours d’un “c’est comme ça et pas autrement”, mais expliquez votre opinion à vos enfants, la raison d’une décision. Acceptez aussi qu’ils soient d’une opinion différente de la vôtre, mais en leur demandant toujours pourquoi !

Toutes ces habiletés, et bien d’autres, sont exercées dans les ateliers philo.

Ça donne quoi, un enfant avec de l’esprit critique ? 

Ça donne déjà des enfants qui auront davantage confiance en eux, parce que considérés comme des interlocuteurs valables par des adultes. 

Des enfants plus tolérants, plus à l’écoute des autres, qui ne verront pas une opinion différente de la leur comme une menace mais comme une richesse potentielle ou comme une occasion de présenter leur opinion et d’échanger. 

Ça donne enfin des citoyens bienveillants et éclairés, libres et conscients de leurs choix et de leurs décisions.   

Alors, n’attendez pas pour commencer à entraîner l’esprit critique de vos enfants, il n’y a pas d’âge pour commencer.

Apprendre sans réfléchir est vain. Réfléchir sans apprendre est dangereux.

Confucius

Les dilemmes moraux

A quoi ça sert de s’entraîner à résoudre un dilemme ?

Le dilemme présente en général la confrontation de deux (ou plus) valeurs. Il offre la possibilité de faire un vrai choix argumenté. Ne vous contentez donc pas d’un « ça dépend », demandez à votre enfant de se positionner (vous allez voir, c’est difficile au début de dépasser le « ça dépend », mais faites le passer outre). Demandez lui ensuite d’expliciter son choix. Puis continuez la discussion.
Voici quelques dilemmes à soumettre à vos enfants.

Peut-on parfois relâcher ses efforts ? 

Maya s’entraîne dur depuis qu’elle est toute petite : un jour, elle le sait, elle sera joueuse pro dans l’équipe nationale de volley. En attendant, elle s’entraîne. Beaucoup. Dur. Cet été, elle a l’occasion de partir en vacances avec ses amies : 15 jours dans un camping au bord de la mer. Mais ça veut dire louper le stage estival de la fédération, auquel des pros participent pour entraîner des espoirs.
Ses amis, et ses parents l’encouragent à partir en vacances, il y aura d’autres stages. Mais Maya hésite : ne va-t-elle pas perdre une belle occasion d’améliorer son niveau. 

Que devrait faire Maya : rester concentrée sur son objectif  ou prendre le temps de vivre ?

Doit-on toujours obéir aux ordres ?

Certains visiteurs du musée du Louvre agissent de manière bien étrange : ils grognent, marchent de manière désarticulée et… et… essaient de mordre les autres visiteurs ! Ce sont des zombies !! Pour s’en débarrasser, et tuer l’épidémie dans l’œuf, les autorités ont une solution : mettre le feu à la pièce dans laquelle ils se trouvent. Oui, mais voilà, il s’agit de la pièce qui abrite la Joconde, le chef d’œuvre de Léonard de Vinci. 
Antoine Clarque, l’homme chargé de donner le coup d’envoi de la mission hésite : peut-il détruire ainsi un joyau de l’humanité ? 

Que devrait faire Antoine : exécuter les ordres ou sauver la Joconde ? 

Doit-on grandir ?

Tous les samedis, c’est la même routine : Mohamed, 10 ans, va au judo, accompagné par son papa. Ils doivent prendre deux bus, et marcher une dizaine de minutes pour arriver au dojo. 
Mais aujourd’hui, le papa de Mohamed doit emmener sa petite soeur chez le médecin. Et sa maman n’est pas disponible non plus pour l’accompagner. Le seul moyen pour Mohamed d’aller au judo, c’est d’y aller seul. Mais il ne l’a jamais fait. Et il a un peu peur. 

Que devrait faire Mohamed : renoncer à aller au judo ou y aller seul ? 

Doit-on mesurer ses efforts ?

C’est samedi et Annette se retrouve face à une tâche immense : ranger sa chambre. Il y a un travail colossal, il y en a au moins pour une heure, et la fillette déteste ça. Et c’est comme ça toutes les semaines. 
Devant son désespoir, sa mère lui donne un conseil: pourquoi ne ranges-tu pas plutôt tous les soirs ? Ca ne te prendrait que 10 min au lieu d’y passer une heure toutes les semaines. Annette n’est pas convaincue. 

Que devrait faire Annette : fournir un petit effort régulier ou un gros effort plus sporadique ? 

Faut-il obéir ou décider par soi-même ?

Lucile, 12 ans, consulte Pronote avec ses parents pour faire ses devoirs. La prof d’anglais a donné des exercices sur un chapitre qu’ils n’ont pas encore eu le temps de commencer en classe. Lucile pense que sa prof avait noté les devoirs en avance et que c’est une erreur. Elle pense que ce n’est pas nécessaire de faire ces exercices, voire contre-productifs puisque la leçon n’a pas été abordée. Ses parents ne l’entendent pas de cette oreille :  “si c’est écrit, tu dois le faire ou tu risques une punition”. 

Que devrait faire Lucile : obéir à ses parents ou décider par elle-même ? 

Doit-on se mettre en colère ?

Théodore est arrivé dans une nouvelle école en début d’année. Il s’est fait quelques amis, mais surtout une ennemie jurée, Sofia. Sofia n’arrête pas de l’embêter  : elle se moque de lui en classe quand il donne une mauvaise réponse, elle a dit à tout le monde l’autre jour qu’il avait oublié de remonter sa braguette, et elle l’a même dénoncé à la maîtresse quand il dessinait au lieu d’écouter.
Aujourd’hui, elle l’a traité d’idiot devant tous ses nouveaux copains.

Que devrait faire Théodore : se mettre en colère très fort pour que Sofia arrête enfin de l’embêter ou l’ignorer comme il a déjà fait jusqu’à présent ?

Peut-on toujours se satisfaire de sauver sa peau?

Tes parents sont partis faire les courses. Ton frère et toi n’avez pas souhaité les accompagner, mais la condition a été que vous ne fassiez pas d’écran en leur absence. Sitôt partis, vous vous jetez tous les deux sur vos ordis…
Quand tes parents rentrent, ils se rendent compte que quelqu’un a utilisé Internet et ils accusent seulement ton frère. Il est puni : 1 semaine sans écran. 

Que devrais-tu faire : profiter de ta chance et te taire ou te dénoncer aussi ? 

D’après Oscar Brenifier et Isabelle Millon 

Doit-on faire passer ses sentiments avant ceux des autres ?

Garance entre en 6e. Elle est grande maintenant : elle va au collège toute seule, ainsi qu’à ses activités, sauf le volley où elle a besoin d’être accompagnée en voiture. Quand sa mère vient la chercher, elle n’aime pas du tout qu’elle  l’embrasse devant tout le monde. Mais elle sait que cela lui fait très plaisir. 

Que doit faire Garance : laisser sa mère l’embrasser ou éviter l’étreinte ? 

D’après Oscar Brenifier et Isabelle Millon 

Une règle vaut-elle pour tout le monde ?

“Ne coupe pas la parole à tes camarades, laisse-les finir” : c’est ce que la maîtresse dit toujours à Garance. Ok, elle veut bien l’entendre. Le problème c’est que la maîtresse, elle, coupe souvent la parole aux élèves. Ils répondent à la question, détaillent leur raisonnement, et hop, elle reprend la parole avant qu’ils n’aient fini.

Que devrait faire Garance : demander à la maîtresse si la règle vaut pour elle aussi ou accepter qu’elle la transgresse sans rien dire ?

D’après Oscar Brenifier et Isabelle Millon 

Faut-il toujours obéir ?

Théodore a entrepris de construire un Lego énorme, le plus gros qu’il ait jamais construit. Il y passe 5 après-midi entières en lisant consciencieusement les instructions, et suivant chaque étape. Pourtant, à l’avant-avant dernière étape, le plan ne lui semble pas logique, ce n’est pas comme ça que lui procéderait ! S’il se trompe ou si, au contraire, il suit le plan alors qu’il est faux, il devra recommencer une bonne partie de sa construction sur laquelle il a passé beaucoup de temps. 

Que devrait faire Théodore : obéir aux instructions ou suivre son instinct ? 

Doit-on toujours dire la vérité ?

Tu fais les courses avec ton père dans un grand magasin. Soudain, tu le vois voler un objet et le mettre dans ton sac à dos. A la sortie, en passant les portillons, tu sonnes et un vigile te fouille. Bien évidemment, il trouve l’objet dans ton sac, et t’accuse de vol devant tout le monde. C’est la honte !! 

Que devrais-tu faire : dénoncer ton père ou encaisser les accusations ? 

D’après Oscar Brenifier et Isabelle Millon 

Peut-on parfois tricher ?

Théodore est à la fête foraine et entre dans une baraque un peu étrange. Là, une femme lui propose de lui vendre un sort qui a l’effet suivant : il aura désormais de très bonnes notes à tous ses contrôles, même s’il n’a rien appris et rien compris. 

Que devrait faire Théodore : acheter ce sort ou passer son chemin ?

Doit-on toujours se mêler de ses affaires ? 

Noä est amoureuse de Samuel, elle le couvre de cadeaux. Samuel m’a avoué que ses sentiments n’étaient pas réciproques mais il profite de la situation, il aime qu’on lui fasse des cadeaux.

Que devrais-je faire : le dire à Noä ou me taire  ?

Doit-on faire preuve d’égalité ou d’équité

Théodore, Henri et Anatole se promènent dans la rue et trouvent ensemble un billet de 50 EUR. Théodore propose de répartir l’argent en 3 sommes égales. Mais Henri propose qu’Anatole ait une part plus grande car il ne touche pas d’argent de poche, contrairement à Théodore et Henri. 

Que devrait faire Anatole : accepter l’offre d’Henri ou la proposition de Théodore ? 

Doit-on considérer les animaux comme des êtres à part entière ? 

Madame Matoudou vient de mourir, elle n’avait  pas d’enfants mais vivait entourée de ses nombreux chats à qui elle a légué sa fortune. Ses neveux ont de très  gros problèmes d’argent et trouvent que ce testament est injuste : que feraient les chats de tout cet argent ? 

Que devraient faire les neveux : respecter les dernières volontés de leur tante ou attaquer  en justice le testament ? 

Doit-on toujours avoir envie d’être chef ?

Louane est la première de sa classe . Tout le monde l’apprécie, élèves comme professeurs. Et tout naturellement, quand les élections des délégués arrivent, chacun pense qu’elle va se présenter. Elle aurait d’ailleurs raison car elle serait assurée de sa victoire, tant tout le monde lui reconnaît les qualités d’une bonne déléguée. Oui, mais voilà, Louane n’a pas envie d’être élue déléguée, ça ne l’intéresse vraiment pas, et en plus, ça lui fera du travail supplémentaire. Pourtant, devant la déception de sa classe, elle hésite. 

Que devrait faire Louane : se présenter ou écouter son envie et renoncer au poste ? 

Doit-on changer la réalité ou changer ses envies ?

Aurélien a un rêve : depuis tout petit, il veut être pilote de ligne. Mais il est daltonien. Il sait que certains types de daltonisme sont acceptés mais il a vérifié,  pas le sien. Aurélien trouve cela profondément injuste. Son entourage l’encourage à trouver une autre voie professionnelle, mais Aurélien a du mal à l’accepter. Et il met beaucoup d’énergie à trouver une solution : ne pourrait-il pas faire changer la législation, si certains types de daltonisme sont acceptés, pourquoi pas le sien ?

Que devrait faire Aurélien : accepter la réalité et changer de voie professionnelle ou essayer de faire changer la réalité ? 

Doit-on considérer l’animal comme un moyen ou une fin ?

Les parents de Sofiane lui ont offert un cochon d’Inde pour son anniversaire. Il le bichonne, aménage sa cage, le sort régulièrement dans sa chambre. Mais au bout de quelques mois, Sofiane ne s’en occupe plus tellement. Il veut tout de même le garder, car il s’y est attaché. 

Que devraient faire ses parents : lui laisser son hamster ou lui trouver une autre famille d’accueil  ?

Doit-on faire passer sa passion avant son amitié ?

Samuel doit choisir une activité pour le mercredi après-midi, et il hésite terriblement. Il a le choix entre origami, une discipline qui ne l’intéresse pas particulièrement mais qui serait la seule occasion pour lui de passer du temps avec Ismaïl, son super copain de l’année dernière qui a changé d’école ; et coding, une discipline qui le passionne mais à laquelle Ismaïl ne peut pas assister. 

Que devrait faire Samuel : choisir son ami ou sa passion ? 

Peut-on mettre le hasard à son profit au détriment d’autrui ?

Nina trouve un portefeuille dans la rue. Il contient 150 EURr en billets ainsi que l’adresse du propriétaire, qui n’est autre que son voisin de palier, un homme qui, elle le sait, ne roule pas sur l’or. Mais voilà, c’est bientôt Noël, et elle y voit l’occasion de faire un beau cadeau à ses enfants, qu’elle n’a jamais l’occasion de gâter, n’ayant elle-même pas beaucoup d’argent.

Que devrait faire Nina : rendre le portefeuille à son voisin ou se taire et acheter des cadeaux à ses enfants ?

Le dilemme du Tramway

Le dilemme du tramway est une expérience de pensée très célèbre mise au point dans les années 60 par la philosophe Philippa Foot. Elle le décrit ainsi : Imaginons le conducteur d’un tramway hors de contrôle qui ne peut que choisir de dévier ou non sa course depuis une voie étroite vers une autre : cinq hommes travaillent sur l’une et un homme est situé sur l’autre. La voie prise par le tram entraînera automatiquement la mort des personnes qui s’y trouvent. 

Que devrait faire le conducteur : dévier le tram et  choisir de sacrifier une vie pour en sauver 5 ou laisser le tram continuer sa course folle et tuer les 5 ouvriers ? 

Il existe une variante : cinq hommes inconnus sur une voie et un homme que le conducteur connaît sur l’autre.
Là encore, quelle voie devrait-il choisir ?

Doit-on sacrifier ses rêves pour aider autrui ?

Lila s’entraîne sans relâche en natation depuis qu’elle est jeune pour pouvoir faire les JO. Elle a réussi à se qualifier pour 2024, et ses résultats montrent qu’elle a toutes ses chances de finir sur le podium, voire d’être championne olympique.
Sa sœur a une maladie grave qui nécessite une greffe du rein. Comme il n’y a aucun donneur compatible, les médecins demandent à Lila de donner un rein à sa sœur. L’opération est sans risque pour sa vie, mais elle mettra fin à sa carrière de nageuse de haut niveau. 

Que devrait faire Lila : sacrifier sa carrière et renoncer à son rêve ou refuser le don d’organe et attendre un autre donneur potentiel au risque de se sentir responsable de la mort de sa sœur ? 

Doit-on toujours dire la vérité ?

Augustin a 6 ans, il a entendu beaucoup de rumeurs à l’école et finit par demander à son grand frère Mathéo si le Père Noël existe vraiment… 

Que devrait faire Mathéo : dire la vérité ou lui mentir pour prolonger la magie de Noël ?

Peut-on faire passer ses besoins avant ceux des autres ?

C’est dimanche matin, le seul matin où Garance peut prendre son temps car tous les autres jours, elle doit se lever tôt et se rendre au lycée. Ce jour-là, elle peut enfin prendre une longue douche bien chaude. Le problème, c’est que le ballon d’eau chaude de son appartement est petit, et que si elle reste trop longtemps sous la douche, son père qui rentre du sport devra se laver à l’eau tiède, voire froide. 

Que devrait faire Garance : écourter sa douche ou prendre son temps ?

Doit-on se faire justice soi-même ?

Les familles d’Aya et de Clémentine sont ennemies depuis toujours. Les deux filles ne savent pas vraiment pourquoi, mais elles se détestent. Un matin, le petit frère de Clémentine a bousculé la petite sœur d’Aya qui lui a mis une claque en retour et a cassé ses lunettes. Trop facile, elle a un an de plus ! Clémentine est furieuse : son petit frère est venu en pleurs lui demander son aide. Et elle aperçoit au fond du couloir de l’école Aya qui ricane avec sa petite sœur.

Que doit faire Clémentine : aller trouver Aya et sa petite sœur et leur rendre la monnaie de leur pièce ou consoler son frère et rentrer chez eux ?

Doit-on mentir à quelqu’un pour l’empêcher de souffrir ?

Gabriel a 6 ans, sa mère vient de mourir dans un accident de voiture mais il ne le sait pas encore. Lorsqu’il demande à Martin, son grand frère, pourquoi leur mère ne revient pas, ce dernier hésite.

Que devrait faire Martin : dire la vérité à son petit frère ou inventer une histoire de voyage pour  ménager le chagrin de Gabriel ?

Peut-on trahir un ami pour le protéger contre son gré ?

Noé est le meilleur ami de Fadi. Fadi lui confie qu’il va s’enfuir de chez lui parce qu’il ne supporte plus les disputes de ses parents. Il lui demande de garder le secret. Noé lui donne sa parole mais s’inquiète pour la sécurité de son ami.

Que devrait faire Noé ? Se taire pour respecter sa promesse … ou en parler pour protéger son ami ?

Doit-on être bon/sage par peur de la punition ?

Julie est en CM2 et sa maîtresse est absente. Un remplaçant est là. Julie sait qu’il ne sera là que pour la journée.

Que doit-elle faire : travailler de son mieux comme d’habitude ou en profiter pour faire le bazar ?

Faut-il privilégier l’amour ou l’amitié ?

Il reste à Garance 50 euros d’argent de poche qu’elle a économisés pour offrir un cadeau d’anniversaire à son petit copain. Mais ses amies l’invitent à assister avec elles à un concert événement de son artiste préféré.

Que devrait faire Garance ? Privilégier son amour ou ses amies ?

Faut-il préserver ses sentiments ou ceux de ses amis ?

Camille n’est pas heureuse dans l’école où vous allez toutes les deux, elle souhaite changer d’établissement. Si elle le fait, tu vas perdre ta confidente et tu vas sûrement voir moins souvent ta meilleure amie. 

Que devrais-tu faire : lui dire que son départ te rend triste et que tu veux qu’elle reste, ou lui dire que tu approuves son choix pour qu’elle parte l’esprit tranquille ?

Peut-on dénoncer un ami qui a commis une faute ?

Un matin, Luna apporte son doudou en classe. Le doudou passe la journée dans le coin repos. Tous les enfants jouent avec lui. A la fin de la journée, le doudou a disparu. Luna le cherche partout. Mais voilà ! Timeo a vu Augustin,  son meilleur ami, partir avec doudou.

Que devrait faire Timeo : avertir Luna ou ne rien dire. Pourquoi ?

Faut-il préserver la nature ou les personnes ?

Dans une petite ville de Bretagne se trouve une usine très polluante qui rejette des résidus chimiques dans une petite rivière. L’eau y est polluée, et de nombreux poissons en meurent.

Que devrait faire le maire : préserver les emplois de ces hommes et femmes avec enfants ou préserver la nature ? Pourquoi ? 

Heureux ou malheureux ?

Tu participes à une tombola dont le premier prix est vraiment génial. Tu gagnes seulement le 2e prix. Tu es heureux ou malheureux ?

Les restaurants viennent de rouvrir après un long confinement. 6 mois que tu rêves de manger cette saucisse truffade mais le restaurant est complet. Tu te rabats sur un japonais. Tu es heureux ou malheureux ?

Egalité ou équité ?

Pour fabriquer le même T-Shirt, en s’appliquant bien, Pierre met 2h quand Arnaud en met 3. Qui faut-il le plus payer ? Pierre, Arnaud ou les deux à égalité ?

Faut-il toujours dire la vérité ?

Un médecin qui connaît bien sa patiente détecte chez elle un cancer en phase terminale. Compte-tenu de son état dépressif, il estime qu’elle ne supportera pas la nouvelle et risquerait de mettre fin à ses jours. Doit-il préserver ses derniers instants ?

Que devrait faire le médecin : lui dire la vérité ou cacher sa condition ?

Essayez aussi les ateliers philo à la maison

Connais-toi toi-même : s’interroger sur soi pour mieux apprendre

L’imagerie cérébrale montre que nous possédons tous des circuits d’apprentissage très semblables. Pourtant avez-vous peut-être l’impression d’être plus sensible à certains canaux que d’autres ?  

Chacun ses goûts 

Première étape : apprenez à identifier vos goûts, ou ceux de vos enfants. Si on prend le domaine de la lecture, est-il fan de romans ou de documentaires, de BD ou de mangas ? Faites le lire ce qu’il aime : ce qui compte c’est qu’il lise,  pour apprendre à déchiffrer de manière fluide, pour apprendre du vocabulaire, la syntaxe, les règles de la narration et surtout… le pouvoir de l’imagination.
Autre exemple, il adore l’histoire mais se pense nul en maths ? “Dis moi, la guerre de Cent ans, elle a vraiment duré 100 ans ? Calcule ! Et Louis XIV, il est mort à quel âge ? “ Et hop, un bon argument pour la lecture encore : voici un livre pour tout connaître de la mythologie grecque ou de la vie de Jeanne d’Arc. 

Souvenez-vous, on apprend mieux avec les émotions, donc pour développer l’apprentissage dans le plaisir, faites selon vos (ses) goûts et la motivation suivra !  

Chacun son rythme

Identifiez ensuite votre (sa) vitesse d’apprentissage : certains enfants apprennent très vite, d’autres ont besoin de plus de temps. Ne demandez pas la même chose à tous, ou du moins de la même manière, même si le but final, lui, est identique : acquérir les fondamentaux.

Chacun son profil

Déterminez le profil d’apprentissage : quelle est votre attitude  ou l’attitude de l’élève en situation d’apprentissage : est-ce qu’il aime apprendre ? En solitaire ou en groupe ? Faut-il être à côté de lui pour l’encourager ou au contraire le laisser gérer ?
De même, comment apprend-il le mieux : en faisant des schémas, des cartes mentales ? En lisant son cours à haute voix et en se promenant dans la maison ? En faisant une chanson de sa leçon ? 
Enfin, qu’est ce qui le motive ? Savoir concrètement à quoi ça sert ? Avoir une vision globale de qui est enseigné et savoir où il en est ? Avoir un grand niveau de précision sur un sujet ou au contraire qu’il soit brossé à grands traits ? 
En ayant conscience de ces informations, on peut s’adapter et s’organiser pour apprendre plus efficacement. 

Ces informations peuvent être déterminées lors d’un coaching scolaire : l’enfant repart alors avec des outils et des astuces pour optimiser sa manière d’apprendre. Idem pour les troubles de l’apprentissage : si le trouble doit être traité par un professionnel de santé, un coach peut lui accompagner le dys pour qu’il fasse avec son trouble, et pas en étant son trouble. 

La confiance, moteur de l’apprentissage

Se connaître permet au final d’avoir confiance en soi. Ce n’est pas que je ne peux pas apprendre, c’est que j’apprends mieux en bougeant ; j’apprends moins vite que lui mais j’apprends quand même ; j’ai besoin de comprendre concrètement à quoi ça sert sinon je retiens moins bien, non je ne suis pas nul, je suis moi
C’est pourquoi les encouragements, la reconnaissance de l’effort et les récompenses, matérielles ou immatérielles, sont importantes : elles contribuent à la confiance et à l’estime de soi, indispensables à un bon apprentissage. Comme le dit Marcel Rufo, “on réussit mieux avec une estime de soi solide qu’avec un QI élevé!”

Connaître les autres, c’est sagesse. Se connaître soi-même, c’est sagesse supérieure.

Lao-Tseu

Learn is fun : apprendre avec les émotions

S’il est un truc que nous apprennent (encore) les neurosciences, c’est qu’information et émotion font souvent bon ménage. Plus une information est chargée en émotions, plus on s’en souvient. Et inversement, pourrait-on dire, pour faciliter la mémorisation, il est recommandé d’associer l’information à quelque chose de connu, et si possible lié à une émotion.

L’école doit être un plaisir

Première étape : l’enfant doit avoir envie de venir en cours, et pas seulement pour voir ses copains ! L’école doit être un lieu où sa curiosité est aiguisée, ses questions nourries, sa réflexion encouragée et  où on sent la passion de la transmission. Learn is fun, voilà ce dont il doit se rendre compte. 
L’école doit aussi être un lieu  où ses circuits de récompense sont activés, “ces modulateurs essentiels de la plasticité cérébrale”, comme les appelle le neuropsychologue Stanislas Dehaene. Il ne s’agit pas de doper les enfants aux bonbons pour les féliciter, mais récompenser chaque effort par un sourire ou un encouragement est déjà un bon début. Voir qu’il progresse, se sentir apprécié est une récompense en soi qu’il ne faut pas négliger. 
On peut aussi jouer sur la surprise occasionnelle pour booster l’attention des élèves : modifier un horaire, un contenu de cours ou une manière d’enseigner. On peut par exemple avoir recours, en fin de chapitre,  à un escape game. C’est un  formidable outil d’apprentissage, impliquant et générateur d’émotions qui permet de réutiliser de manière ludique les connaissances qui viennent d’être dispensées. Outre la surprise et l’amusement, l’escape game est également source de fierté pour l’enfant lorsqu’il arrive à la fin. 

On pourra opposer que ce type d’activité peut générer du stress et la compétition. Je parlerais plutôt d’émulation,  de coopération et d’adrénaline. Car le stress, à un niveau raisonnable et ponctuel, n’est pas négatif, il peut être motivant. On parle alors de stress ajusté. En revanche, halte au stress prolongé et/ou intense.

Bannir le stress 

En état de stress intense, le cerveau reptilien prend le dessus et  inhibe les autres cerveaux (le cortex et le limbique). Il finit par  bloquer les capacités d’apprentissage. 
Le stress est donc à bannir, avec l’anxiété, notamment en mathématiques, une matière qui a souvent mauvaise presse auprès des élèves, car jugée trop compliquée. 

En somme, oui à la joie, aux ruptures de rythme, à la fierté de progresser pour un apprentissage plus efficace ! 

Former les hommes ce n’est pas remplir un vase, c’est allumer un feu. Aristophane

Cent fois la leçon tu répéteras, sans un nuage : apprendre en répétant

Apprendre, c’est bien. Réviser c’est encore mieux. En effet, rien de tel pour fixer un apprentissage durablement que de le répéter encore et encore. Pour que ce qu’on a appris devienne automatique, inconscient, réflexe. “Marignan ? => 1515 !”
Là encore, il y a une technique, et pour bien la comprendre, intéressons-nous au fonctionnement de la mémoire. 

La mémoire ? Les mémoires !

Il y a 3 types de mémoires : la mémoire sensorielle qui, comme son nom l’indique, enregistre avec les sens, mais a une faible capacité de stockage et une durée très courte (de l’ordre d’1 seconde) ; la mémoire à court terme, aussi appelée mémoire de travail, qui a elle aussi un faible stockage et une durée limitée (20 secondes, cette fois) mais qui peut gérer jusqu’à 7 informations en même temps, et qu’on pourrait comparer à la RAM de votre ordinateur ; la mémoire à long terme, au stockage et à la durée illimitée qui enregistre les informations chargées d’émotions. C’est cette dernière qui est sollicitée en phase d’apprentissage. 
Cette mémoire à long terme se divise elle aussi en 3 types : la mémoire épisodique (celle des souvenirs, du vécu), la mémoire sémantique (celle des connaissances) et la mémoire procédurale (celle des gestes du quotidien). 

Pour accéder au Graal, c’est-à-dire faire voyager l’information jusqu’à la mémoire sémantique, il suffit de lui faire emprunter 4 portes. 

  1. Décider qu’on veut mémoriser une information (ben oui, ça paraît évident, mais ça va mieux en le disant)

  2. Répéter l’information, comme un chemin qu’on emprunterait plusieurs fois et qui se creuse au fil du temps pour devenir un sentier. On répète l’information à intervalles réguliers mais de plus en plus espacés, au fur et à mesure que l’information s’ancre dans la mémoire à long terme.

    Pour ceux qui utilisent l’application DuoLingo, c’est un dispositif qu’ils doivent reconnaître, dont ils ont pu mesurer l’efficacité et qu’ils comprennent désormais. En effet, l’application incite à travailler 15 minutes par jour (pas forcément plus), mais tous les jours. Les leçons se suivent et se ressemblent beaucoup, tout en ajoutant de nouveaux éléments. Et régulièrement, au fil de notre progression, la petite chouette nous propose un vieil exercice pour réactiver l’information dans notre mémoire, et l’y graver encore un peu plus. 

  3. Associer l’information à des éléments connus. Ce sont les fameux moyens mnémotechniques : on associe l’information à une comptine, une date historique à un jour important de sa vie, on se raconte une histoire pour se souvenir d’un élément précis ou d’une suite d’éléments. Deux exemples : Ma Vielle Tante Marie Joue Sur Un Nouveau Piano pour se souvenir de l’ordre des planètes du système solaire (Mercure Venus Terre Mars Jupiter Saturne Uranus Neptune Pluton) ; et plus personnel : pour me souvenir du kanji Neko en japonais, qui désigne le chat, j’associe l’idéogramme à un petit félin qui grimperait sur un arbre. 

    En somme, tout n’est que recyclage. Car ne croyez pas que le bébé est vierge de tout savoir. Dès la naissance, il a des compétences, “des modèles cérébraux” comme dit Stanislas Dehaene que “l’éducation recycle” dans les diverses disciplines abordées en grandissant. Et il ne faut pas hésiter à s’appuyer sur les intuitions précoces des enfants pour faire se connecter les nouvelles connaissances à celles déjà acquises. Faites des ponts pour aider vos enfants  : “tu te souviens quand tu as appris ça ? Et bien, là ça y ressemble de ce point de vue, mais diffère peut-être de celui-là” (et hop, révision, explication, distinction, comparaison). 
  1. Utiliser l’information acquise. Même si une leçon a bien été apprise , en respectant la procédure, l’utiliser va permettre de la réactiver, de l’ancrer dans le concret et de vérifier si elle est bien comprise. Donc faites faire  des exercices à votre enfant pour qu’il la mette en application, demandez lui de vous l’expliquer avec ses propres mots (c’est le baptême du feu : difficile mais hyper efficace pour vérifier si la leçon est sue et comprise) et expliquez lui  que le contrôle sert aussi à ça, à restituer l’information. 

Une fois ces 4 portes passées, l’information pourra accéder au  carré VIP des leçons dans votre cerveau, le salon très couru “Mémoire à long terme”.  Et la beauté de la chose, c’est que ce n’est pas une offre limitée dans le temps ! 

Nous sommes ce que nous faisons de manière répétitive, l’excellence n’est donc pas un acte mais une habitude

Aristote 

Offrez vous la plus belle des attentions : apprendre en se concentrant

Attention : cri poussé pour alerter autrui d’un danger imminent ; capacité à se focaliser volontairement sur quelque chose ; marque d’intérêt ou d’affection envers quelqu’un. Ces trois définitions ont comme point commun de désigner la concentration sur un objet. 

L’attention, c’est l’élément indispensable à tout apprentissage. Et pour qui a été dans une classe ces dernières années, ou discuté avec un enseignant, on a l’impression que c’est une denrée qui se fait de plus en plus rare (je ne parle pas ici du cas spécifique des TDA/H, pour qui le défaut d’attention est un trouble sur lequel il est toujours bénéfique de travailler avec des professionnels ). Pourtant, sans attention, pas de concentration (c’est-à-dire la capacité à se consacrer à une tâche en faisant abstraction de son environnement). En outre,  il sera très difficile pour quiconque de mémoriser des informations. En effet, l’attention et la prise de conscience permettent d’amplifier les informations partagées et, donc, de faciliter la mémorisation. 
Dès lors, avant d’entamer une leçon, mieux vaut s’assurer qu’on a capté l’attention des élèves pour leur offrir les moyens de se concentrer. 

Comment développer l’attention ?

Avant tout, l’attention, ça se montre. Et oui, comme pour beaucoup de choses, on commence par montrer l’exemple. Donc, exit le smartphone à table, le double écran quand on regarde un film en famille, ou l’interruption de la conversation dès que vous entendez une notification.

L’attention, ça s’explique aussi. Dès l’âge de 2 ans, votre enfant est capable de comprendre que l’attention, c’est important et ça peut rapporter gros. Ainsi, vous êtes en train de lui lire une histoire, et il se met à faire autre chose : interrompez l’histoire ; il se reconcentre sur vous, l’histoire redémarre.  Vous n’avez pas besoin de lui reprocher son manque d’attention, juste de lui expliquer que comme il ne semblait plus concentré, vous avez préféré suspendre la lecture. Vous pouvez également mimer une saynète avec deux marionnettes :  elles discutent lorsque soudain l’une s’en va sans crier gare. Votre petit trouvera sûrement cette situation étrange. Discutez-en avec lui. 

L’attention, ça s’éduque. Valorisez la dans des situations où être attentif apporte un résultat positif, au cours d’un jeu par exemple (comme une partie de Memory, pour les plus jeunes, ou un jeu de rôle ou de poker pour les plus grands). Montrez à vos enfants quel plaisir et quelle satisfaction ils peuvent tirer d’une situation où ils auront été attentifs : gagner à un jeu donc, mais aussi une leçon plus vite apprise s’ils ont été attentifs en cours.

Vous pouvez également pratiquer avec vos enfants ou vos élèves la méditation (autrement appelée… pratique de l’attention), elle se développe de plus en plus, y compris à l’école.  C’est une excellente manière d’apprendre à se concentrer sur l’instant présent et sur soi. Une bonne entrée en matière peut se faire avec Calme et attentif comme une grenouille ou avec l’application Petit Bambou .

Comment maintenir l’attention ? 

Déterminez des objectifs clairs et précis, et tenez-vous y (ça marche aussi pour les adultes). Les élèves apprennent mieux lorsqu’on leur explique clairement le but et la raison de l’apprentissage. Et si vous pouvez y trouver des applications concrètes dans leur vie de tous les jours, c’est la cerise sur le gâteau ! De même, expliquez leur précisément ce que vous attendez d’eux. Et si vous parvenez à rester cohérent et à leur montrer que tout ce que vous leur demandez converge vers un même but, c’est gagné. 

Évitez le pilotage automatique : essayez de faire preuve de nouveautés dans les apprentissages, dans la manière d’enseigner ou d’apprendre. Même si les routines sont importantes, dérogez de temps en temps à l’habitude, en changeant l’horaire d’une matière par exemple. 

Autorisez le mouvement régulièrement : les enfants ont besoin de bouger, et pourtant, on leur demande de rester assis (et immobiles parfois) sur une chaise durant de longues périodes. Alors, laissez-les aller prendre un livre lorsque le travail est terminé, ou jeter un papier à la poubelle. Au moment des devoirs, laissez votre enfant réciter sa leçon ou réfléchir à un problème de maths en faisant les 100 pas.

Organisez le temps : pour les devoirs, mettez au point un emploi du temps  en alternant plages de travail et petites pauses bienvenues pour que le corps se mette en mouvement justement. Cela donnera aussi une vision claire de ce qu’il y a à faire et du temps disponible pour le réaliser. Et oui, avoir une deadline rend plus efficace et incite à se concentrer. « Plus je dispose de temps et plus le travail prévu me prendra du temps et occupera la totalité de mon temps disponible », dit la loi de Parkinson.

Bannissez  les distractions : on évite la télé en fond sonore, on met son téléphone sur silencieux et on coupe les notifications, on maintient un espace de travail bien rangé. Stanislas Dehaene va même jusqu’à préconiser de ne pas trop illustrer les manuels, de ne pas  trop décorer les classes ce qui, selon lui, ne ferait « que distraire l’enfant et l’empêcher de se concentrer”.

Comme vous le voyez, on peut apprendre à développer son attention, et on a tout à y gagner : satisfaction, efficacité, estime de soi.  Mais  il faut savoir que la concentration est limitée dans le temps, même si cela grandit avec l’âge : une quinzaine de minutes pour les enfants de 3-4 ans, 20 min vers 5 ans, 30 min vers 7 ans, 40 min à 10 ans. Au-delà de ce temps, il faut changer d’activité ou même faire une petite pause sous peine que l’enfant n’écoute plus, ne se mette à bouger ou à laisser vagabonder son esprit. 
Attention donc à ne pas trop demander à vos enfants sous peine d’être contre-productifs. 

L’attention se travaille comme un muscle et il n’est jamais trop tard pour commencer.
Jeanne Siaud-Facchin 

Do it yourself : l’apprentissage par l’action

S’il est une idée reçue qui a la vie dure, c’est celle de croire qu’il suffit d’être au contact de connaissances pour qu’elles infusent tranquillement dans notre être. Non, l’apprentissage n’est pas comme un bon thé, il ne saurait être passif. 
Tout comme il ne sert à rien d’espérer devenir incollable sur un sujet en écoutant un enregistrement en boucle durant notre sommeil, il est désormais  évident que le cours magistral a ses limites.

Apprendre en agissant

Pour apprendre, l’élève a besoin d’agir. La psychologie cognitive et l’imagerie cérébrale le montrent : le cerveau est un organe toujours en alerte, qui apprend en testant constamment les hypothèses qu’il a échafaudées sur le réel. “L’enfant est un scientifique en herbe”, nous dit le neuropsychologue Stanislas Dehaene dans Apprendre ! Les talents du cerveau, le défi des machines. Tout comme se tromper lui permet de mettre à jour ses modèles, être actif le conduit à générer de nouvelles hypothèses sur le monde qui l’entoure.
Il faut donc engager l’élève, solliciter son intelligence, aiguiser sa curiosité. C’est aussi comme ça qu’on lui donnera l’envie. 

Dewey et son école pragmatique

John Dewey ne dit pas (et ne fait pas) autre chose, et ce dès la fin du XIXe siècle. Pour ce philosophe et psychologue américain, référence en matière d’éducation nouvelle, l’individu doit avoir une part active dans sa formation et l’apprentissage, avant d’être une accumulation de connaissances, doit être un facteur de progrès global. Dewey est un pragmatique : il crée en 1894, avec sa femme, sa propre école primaire expérimentale, dans laquelle il se concentre sur l’apprentissage par la pratique. On n’y enseigne pas les matières standard, mais les élèves y travaillent sur des projets. Et c’est via ces projets qu’ils abordent les différentes disciplines. On pourrait imaginer que le projet est la construction d’une cabane : il faudrait alors aborder la géométrie et le dessin pour élaborer les plans, les mathématiques et la trigonométrie pour construire une maquette, la biologie pour choisir la bonne essence de bois, etc… 

Engager l’enfant, c’est aussi le replacer dans son environnement et le lui expliquer.

Enrichir l’environnement de l’enfant dès son plus jeune âge

Dès sa première année, le bébé dispose de connaissances sur son environnement : il a le sens des nombres et des probabilités, le goût des langues, la connaissance des personnes. On peut, et on doit donc, dès leur plus jeune âge, les nourrir intellectuellement, en les considérant comme des personnes à part entière : en leur parlant, beaucoup et sérieusement, en n’hésitant pas à utiliser un vocabulaire élaboré, en répondant à leurs questions, même les plus difficiles (via des ateliers philo, par exemple). On peut aussi les initier, jeunes, aux jeux de mots ou de construction, aux casse-têtes, leur raconter des histoires. 
C’est en leur expliquant le monde qui les entoure qu’on permettra à leur cerveau de se développer au mieux, et qu’on préservera le plus longtemps la plasticité juvénile de ce cerveau. 

L’apprentissage, pour être efficace, doit donc développer chez l’enfant autonomie, engagement et curiosité. Mais attention, s’il ne faut pas sous-estimer les enfants, il ne s’agit pas non plus de les laisser seuls. L’adulte se doit de l’accompagner dans cet apprentissage, le guider pour l’aider à progresser. 

Apprendre ? Certainement, mais vivre d’abord, et apprendre par la vie, dans la vie.

John Dewey

Qui dort, apprend : les bénéfices du sommeil dans l’apprentissage

La nuit porte  conseil” 

Vous connaissez certainement cet adage. Peut-être même l’avez-vous vérifié. Mais comment est-ce possible ? Est-il possible d’apprendre en dormant ? 

Je vous arrête tout de suite. On ne parle pas ici de se passer en boucle durant la nuit une lecture de l’Encyclopédie Universalis en espérant que les connaissances infuseront dans le cerveau. Au mieux, ça ne servira à rien. Au pire, cela perturbera votre sommeil.
Mais que se passe-t-il alors pendant qu’on dort ? Et bien, notre cerveau fait le tri. Il consolide ce qui est important et oublie ce qui est inutile. C’est un peu comme lorsque vous défragmentez votre disque dur pour améliorer l’efficacité et la rapidité de votre ordinateur. En retraitant le déroulement de la journée, il réussit également à extraire toutes les informations, même les plus petites, et à les transformer en connaissances abstraites.

Le cerveau rejoue les apprentissages de la journée et amplifie les acquis, ce qui renforce la mémorisation. Il peut donc être une bonne idée de réviser une leçon ou relire un problème juste avant de dormir. 
En outre, les informations accumulées dans la journée profitent de notre période de repos pour effectuer un voyage dans notre cerveau, jusqu’au cortex préfrontal, le siège du recul, du jugement et de la prise de décision. C’est pourquoi la nuit serait propice aux décisions réfléchies.

Prendre soin du sommeil des enfants et des adolescents

Le sommeil est donc un acteur primordial dans l’apprentissage. Chaque période de sommeil, y compris la sieste, apporte un bénéfice supplémentaire. Donc il faut préserver le sommeil des enfants, il leur faut dormir longuement et profondément. Une heure de coucher régulière pour respecter leur rythme chronobiologique. Et le fameux “pas d’écran 1h avant de se coucher” pour éviter de dérégler la sécrétion de mélatonine, l’hormone du sommeil.
Cette même hormone qui, chez l’adolescent, est déjà en plein dérèglement (comme toutes les autres d’ailleurs). Ainsi, alors que le pic de sécrétion se produit vers 22-23h chez l’adulte, il est décalé à 1h du matin chez l’ado (leur faire cours à 8h du matin n’est donc pas la meilleure idée que l’Éducation Nationale ait eu). Donc laissez-les dormir le week-end et durant les vacances. Ils n’en seront que plus efficaces.

Je ne peux rien dire sur mon sommeil : chaque fois que je m’apprête à l’observer, je m’endors.

Francis Blanche

Trompez-vous, qu’ils disaient : faire des erreurs pour apprendre

Apprendre en se trompant 

“Est ce que quand on se trompe, ça veut dire qu’on est bête ?” Cette question, vous l’avez peut-être déjà entendue. Elle hante de nombreux enfants, et des adultes aussi, même s’ ils ne la prononcent pas à haute voix.
Souvent, erreur rime avec points en moins, moquerie des camarades ou même honte de l’auteur de la faute. Lors d’un atelier philo sur la peur, ils ont été nombreux les enfants qui m’ont parlé de la peur de rater “parce qu’on se fait gronder, parce qu’on se fait huer ou moquer”.  Et pourtant, se tromper est le meilleur moyen d’apprendre ! En voilà une nouvelle à crier sur les toits. 

Appelons les neurosciences à la rescousse pour comprendre ce qui a priori peut paraître contradictoire. Dans Apprendre ! Les talents du cerveau, le défi des machines, le neuropsychologue Stanislas Dehaene nous explique que notre cerveau ne peut ajuster ses modèles que lorsqu’il s’aperçoit d’un décalage entre ce qu’il envisageait et la réalité. C’est à ce moment que les modèles mentaux se mettent à jour. “L’erreur est donc la condition même de l’apprentissage », écrit-il. 
N’avez-vous pas remarqué d’ailleurs qu’on se souvient bien mieux d’une bonne réponse dans un QCM lorsqu’on a d’abord fait une erreur que lorsqu’on a répondu au hasard ?  A condition bien sûr que la correction nous soit donnée et expliquée, de manière immédiate et détaillée.

Dites donc à vos enfants que se tromper, non seulement ce n’est pas la fin du monde, mais que ça fait partie du processus d’apprentissage. “Je me trompe donc j’apprends”, pourrait-on dire. Et les Shadoks ajouteraient “Ce n’est qu’en essayant continuellement que l’on finit par réussir… En d’autres termes, plus ça rate et plus on a de chances que ça marche !”

Apprendre en faisant des efforts 

Se pose alors une autre question, problématique elle aussi. C’est celle de l’effort. Ce qui démotive dans l’erreur on l’a dit, c’est la peur de paraître bête, d’avoir une mauvaise note. Mais c’est aussi la peur (la flemme ?) de devoir recommencer.  
Et bien non, scoop ! Tout le monde doit faire des efforts, peut-être plus ou moins grands, mais sinon, il n’y a pas de progression. 

Rappelez-vous ou rappelez à votre enfant ses premiers pas. A-t-il été facile de se mettre debout et d’avancer ? Combien de chutes, combien de tâtonnements avant de pouvoir se dresser sur ses deux jambes et avancer sans se tenir à rien. Peut-être avez-vous un petit film qui traîne qui retrace cette avancée.  Idem pour apprendre à faire du vélo. Et quelle satisfaction de réussir après de gros efforts. n’est-elle pas même plus grande que lorsque la réussite survient immédiatement, (trop) facilement.

Apprendre en approfondissant  

De plus, les neurosciences, encore elles, nous disent que le cerveau retient mieux les informations qu’elle a traitées en profondeur. Henry Roedinger, un psychologue américain, encourage même à rendre les conditions d’apprentissage plus difficiles, ce qui oblige les étudiants à un engagement plus grand et à un effort cognitif, et ce qui conduit souvent à une meilleure rétention. Donc armez vos enfants de pelles, et incitez-les à creuser sur les sujets les plus divers. Et bonus, cela éveillera leur curiosité, un ingrédient essentiel au bon développement du cerveau. 

Peut-être que vous aussi, vous vous trompiez en réclamant un zéro faute du premier coup. Mettez vos modèles mentaux à jour, prenez conscience du décalage entre ce que vous envisagiez et la réalité et dédramatisez l’erreur. Ajoutez une bonne dose d’efforts et un creusage en règle, et vous obtiendrez la recette d’un apprentissage réussi ! 

Si vous fermez la porte à toutes les erreurs, la vérité restera dehors.
Rabindranàth Tagore